Chicago: ça chante beaucoup, mais ça claque encore plus – Le debrief de Pierre-Abdel

In Culture
7 décembre 2018
4 min read

Tout commence une froide soirée de novembre...

Ca y est: c’est la valse des doudounes, la farandole des mouchoirs, le retour des bottes à poils. Une bonne tranche de déprime fashionistique saupoudrée d’un +40% en bourse pour les laboratoires pharmaceutiques. L’époque parfaite pour rester chez soi à manger une fondue avec ses copains, mater Friends avec une bière, ne rien faire juste pour le plaisir de ne rien faire. Moi, Pierre-Abdel, ai décidé qu’il en serait autrement.

Ne nie pas: dès novembre, les rues de Paris sentent le spleen.

Pourtant, j’étais là, une envie spontanée de maraudages me prenant aux tripes. Je décide donc – c’était un mardi soir – de me faire kiffer la vibe en solo, sans Nico ni Sylvie (Dieu sait où ils étaient partis).

Que faire dans ce Néant de mélancolie hivernale qu’est Paris en novembre ET en semaine ? Une affiche, là, devant moi. Ligne 11 du métro. Une petite nana assez mignonne qui m’évoque comme un sentiment de révolte. CHI-CA-GO, comédie musicale jouée initialement à Broadway. Pourquoi pas ? La salle doit être pleine de jolies poulettes en goguette, me disais-je éhontément. 😏

Un scénar’ complètement barré, des artistes hors-du-commun

Il reste des places pour ce soir: j’opte pour la catégorie 4. On attelle les chevaux et file vers Mogador !

Je rentre, c’est bondé. Pris d’une grande témérité, je décide de commander un verre de Beaujolais. Je le siffle, m’installe dans la salle en priant pour que ça ne chante pas trop non plus (les comédies musicales, on connaît…). Les lumières s’éteignent, une jeune femme habillée à la mode des années 20 (oui, en tchoin, quoi) s’avance et nous hypnotise.

Le scénario ? Il est si incongru qu’il est impossible d’y être préparé: à Chicago pendant les années folles, une mignonnette prise de jalousie, Roxie (Carien Keizer, à tomber par terre), tue son amant. Direction prison sans passer par la case départ, mais alors… quel gnouf ! Les femmes incarcérées y ont toutes assassiné leur mari. La chanteuse de Jazz Velma Kelly (Sofia Essaïdi, rescapée de la Star Ac’ d’après ma voisine de siège), l’idole de Roxie, fait partie du lot. Mais comment ces criminelles complètement frappées vont-elles regagner leur liberté ? “En faisant parler d’elles !” vous répondrait leur beau gosse d’avocat Billy Flynn (Jean-Luc Guizonne de la Star Academy aussi… CF ma source sûre).

Deux heures de révélations existentielles

Chicago ne m’aurait-elle pas rendu quelque peu… féministe ? Non, impossible.

Deux heures de cabrioles flatteuses sans être aguicheuses, de “Faut qu’ça Jazz !”, de nanas très classes et de “chiennes et de traînées”… Chicago, c’est le pire de la gente féminine, le pire des hommes aussi qui l’ont guidée. Infantilisées, trompées, objetisées, les zoulettes se rebellent et maîtrisent avec brio le jeu dans lequel on les a poussées. Bref, une bande de nanas surréaliste qui jouit de sa violente liberté à l’égal des mecs

Je ressors de la salle surexcité et quelque peu… gêné. Je m’étais toujours figuré le féminisme comme une cause castratrice et trop extrême, trop… trop. Et pourtant, l’hystérie de ces femmes – ou plutôt de ces patronnes –  n’a éveillé en moi qu’un seul désir : je ne rappellerai pas mon date Tinder ce soir. Aurais-je peur de me faire flinguer comme tous les rôles masculins du spectacle ? Peut-être, mais c’est peut-être qu’au fond de moi… j’ai peur de l’avoir bien cherché.

Un petit pas pour moi, un grand pour le respect.

A propos de Pierre-abdel

J’me présente, je suis Pierre-Abdel et je viens de Sarcelles: chevalier ès Lettres de la tchatche lourdingue, adepte des soirées improvisées, Baudelaire de la street et grand contremaître des plans foireux.  Bref, un mec ballotté entre deux prénoms incohérents, entre le Val d’Oise et St-Germain-des-Prés. Un parisien pur jus qui vous emmène au cœur de ses déboires le temps d’une soirée.

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